Economie

Récupération des fonds détournés : l’Algérie passe à l’étape décisive

L’Algérie mobilise ses relations bilatérales et ses réseaux de coopération internationale pour localiser, geler et récupérer les avoirs frauduleusement transférés

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L’Algérie renforce ses actions de récupération des fonds et actifs détournés à travers une approche globale combinant diplomatie, coordination judiciaire et réformes législatives. Le pays cherche également à convaincre plusieurs États européens de coopérer efficacement pour restituer l’argent public détourné par des personnalités influentes et des figures de la corruption condamnées ou en fuite.

Lors de sa visite officielle à Berne, le ministre Ahmed Attaf a tenu des entretiens avec le ministre suisse de la Justice et de la Police, Beat Jans, consacrés à l’examen de la coopération judiciaire et policière bilatérale et aux moyens de renforcer son efficacité afin d’assurer le traitement optimal des affaires sécuritaires et juridiques communes. Dans ce cadre, le suivi des actifs détournés et leur gel en vue de leur récupération ont été particulièrement abordés.

Cette visite s’inscrit dans le cadre de la politique algérienne fondée sur des partenariats bilatéraux avec plusieurs pays européens et sur l’activation de mécanismes internationaux spécialisés, tels que le Groupe d’action financière (GAFI) et l’initiative StAR. Cette démarche est renforcée par des réformes législatives récentes permettant d’accélérer les procédures de récupération, notamment le principe de la « transaction contre restitution des fonds », visant à réduire la durée des litiges et à améliorer l’efficacité du recouvrement des biens illicites.

La diplomatie constitue une pierre angulaire de cette stratégie, particulièrement pour le suivi des fonds détournés. L’Algérie mobilise ses relations bilatérales et ses réseaux de coopération internationale afin de localiser, geler et récupérer les avoirs, selon une approche intégrée combinant action politique et adaptation des outils judiciaires.

Le gouvernement mise sur un engagement accru dans les réseaux internationaux spécialisés, en rejoignant plusieurs initiatives et plateformes, telles que l’initiative StAR de la Banque mondiale, le Forum mondial pour la récupération des actifs, le Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime, le Réseau mondial opérationnel des forces de l’ordre et le Centre international de coordination en matière de corruption.

Dans ce cadre, l’Algérie a rejoint le réseau régional de récupération des actifs pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, ce qui a donné un nouvel élan aux demandes de restitution, comme l’a confirmé le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaa, notamment après la multiplication des rencontres bilatérales en marge des conférences internationales.

À chaque initiative internationale ou bilatérale, l’Algérie invite ses partenaires, en particulier au sein de l’initiative StAR, à fournir le soutien technique et l’expertise nécessaires aux organismes nationaux compétents, en tête desquels le Bureau central de lutte contre la corruption, renforçant ainsi sa capacité à suivre les fonds transférés à l’étranger et à en déterminer l’emplacement.

Malgré les progrès enregistrés avec certains pays, comme l’Espagne, l’Algérie fait encore face à des défis complexes, notamment la faible coopération de certains États, en particulier ceux constituant des paradis fiscaux ou appliquant des régimes bancaires peu stricts, ainsi que la complexité des circuits financiers utilisés par les condamnés ou fugitifs, recourant à des comptes au nom d’emprunt ou à des transferts via plusieurs pays, ce qui complique le suivi et la récupération des fonds.

Dans une récente déclaration officielle, le ministre de la Justice, a indiqué fin 2025 que la justice algérienne avait adressé 335 commissions rogatoires internationales à 32 pays, ainsi que 53 demandes officielles de restitution à 11 États, efforts qui ont permis de récupérer plusieurs biens et actifs, malgré la variabilité de la coopération. Ces demandes font l’objet d’un suivi constant en coordination avec la Commission nationale des experts chargée de la récupération des fonds détournés, qui joue un rôle central dans l’harmonisation des efforts entre les différentes institutions.

Le directeur des affaires pénales et des mesures de grâce au ministère de la Justice, Bensalem Abderrezak, a précisé que la coopération non officielle avec des plateformes internationales telles qu’Interpol, la Banque mondiale et le Bureau des Nations unies via l’initiative StAR et le Forum GAFAR permet de traiter les grandes affaires de corruption grâce à l’échange d’informations et aux enquêtes financières. Ces mécanismes permettent de localiser les fonds détournés en vue de leur saisie, confiscation et restitution. Des outils supplémentaires ont été adoptés pour renforcer cette démarche, notamment par l’activation de réseaux internationaux comme Globe Network et MENA ARIN, ainsi que par la formation de juges spécialisés en coopération judiciaire internationale, augmentant l’efficacité du suivi des actifs détournés et accélérant leur récupération.

La Suisse constitue un pivot essentiel en Europe pour les efforts algériens de récupération des fonds détournés, en raison de son statut de refuge financier international et de destination privilégiée pour les grands hommes d’affaires et figures de la corruption condamnées ou en fuite. Elle représente également un atout majeur pour ses capacités judiciaires avancées permettant de geler des comptes et de saisir des actifs, dans le cadre de la coopération internationale à laquelle l’Algérie s’est fortement engagée récemment, facilitée par son adhésion aux réseaux et plateformes internationales pour l’échange d’informations et la coordination judiciaire.